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François Corteggiani grand scénariste devant l'Eternel, responsable notamment de séries comme "Tatiana K", "La Jeunesse de Blueberry", "l'Ecole Abracadabra" a connu l'immense bonheur de rencontrer et devenir l'ami du grand Osamu Tezuka lui-même...
Un "Plat" dans la vague
Flat, ça veut dire plat, en anglais. Eh bien, ce plat-là a fait des vagues pour les fans des illustrateurs descendant d'Hokusai, il y a quelques années. On en parlait comme d'un livre mythique, et, quand on l'a vu, on s'est rendu compte qu'il l'était.
La chronique de JD-San de novembre 2003
On peut dire que je me suis longtemps demandé de qui j'allais parler dans cette deuxième chronique (en espérant que ce ne sera pas la dernière…). Et finalement, moi choix s'est porté sur Hideki Araï...
La chronique de JD-San de septembre 2003
Cette fois, ça devient plus pointu… On m'a demandé de parler des mangas qui ont retenu mon attention au Japon cette année, et je vais le faire avec plaisir. Je voulais juste préciser en préambule que je ne lis pas le japonais, donc à priori, je ne peux juger que l'aspect graphique et narratif des ouvrages dont je vais vous entretenir...
Les enfants japonais et les magazines de mangas
Le Japon est le plus grand producteur mondial de bandes dessinées. Des ventes faramineuses, une diversité de genres illimitée, une industrie qui tourne à plein régime. Il est bon de s’interroger sur les bases du succès de l’industrie du manga japonais.
Ce qu'il ne faut pas manquer si vous partez au Japon cet été
C’est bien connu: les voyages forment la jeunesse. Alors, pour ceux qui auraient la chance et le privilège de venir poser leurs pieds, ne serait-ce que quelques jours, sur le sol japonais, nous proposons un petit tour d’horizon de ce qu’il peut être agréable de faire - ou de ne pas faire - pendant leur séjour estival.
Le Manga Pink
Lorsque l’on parle de "pink manga", il ne subsiste aucun doute sur le contenu ou sur le lectorat, tous deux nécessairement adultes. C’est sur ce petit marché que nous allons ici nous pencher.
L’évolution du marché japonais des mangas
Aujourd’hui, la crise durable que traverse l’économie japonaise n’a de cesse de les inquiéter, et la baisse notable des ventes de mangas au Japon leur donne raison. Coup d’œil sur un secteur qui a du mal à échapper à la crise.
Tokyo, au coeur de la ville
Pourtant, ce "nouveau" Japon vu de l’Europe, bien que né dans une ville gigantesque, trouve ses vraies racines dans quelque trois quartiers accolés les uns aux autres: Shibuya, Shinjuku et Harajuku. Une petite visite ne sera pas de trop pour mieux appréhender ce que beaucoup considèrent comme le berceau d'un phénomène prêt à exploser en 2003: la culture "J-pop" en Europe.
La femme au Japon
Au Japon, il y a plus de trente ans que la gent féminine est considérée, dans le monde du manga, comme un "public de lecteurs" à part entière. En matière de considération de la femme, c’est une avance considérable sur nous.

Il y a plus de 20 ans
au pays d’Astro Boy...

©Rita Scaglia /
    Dargaud

 

François Corteggiani grand scénariste devant l'Eternel, responsable notamment de séries comme "Tatiana K", "La Jeunesse de Blueberry", "l'Ecole Abracadabra" a connu l'immense bonheur de rencontrer et devenir l'ami du grand Osamu Tezuka lui-même !

Pour nous et vous faire plaisir, il a accepté de coucher sur papier et écran cette rencontre inédite que beaucoup lui envieront...

"Après divers débuts ratés, corrections en tout genre, hésitations nombreuses et ayant, je pense, largement éprouvé la patience de notre bon directeur éditorial [de Kana] Mister Schlirf lui-même, je me décide enfin à vous livrer ce qu’il m’a, par un jour de folie (subite et gazeuse sans doute), osé me demander d’aller chercher au fin fond de ma mémoire. Je ne vais donc pas essayer de vous raconter une histoire, mais plutôt de me souvenir tout simplement, après toutes ces années, plus de vingt ans, de ce que fut ma rencontre avec le "manga kamisama" Osamu Tezuka, notre amitié et notre parcours fortement épistolaire jusqu’à sa mort en 1989 et ses funérailles grandioses à Tokyo, où l’oncle Edouard Hercovitz et moi étions les seuls Européens parmi au moins trois mille Japonais, dessinateurs, scénaristes, animateurs, cinéastes, graphistes et écrivains, à suivre sa glorieuse dépouille sur son dernier parcours.

Je me souviens de l’époque où je fréquentais assidûment la Foire du Livre de Francfort pour diverses raisons professionnelles. Je passais alors beaucoup de temps dans le rayon japonais où diverses couvertures au graphisme saisissant attiraient toujours mon œil. C’est dans ce rayon que j’ai trouvé les premiers livres qui parlaient d’animation japonaise et de cette bande dessinée que peu de gens connaissaient alors sous l’appellation générique de "mangas". La seule approche de ces dessinateurs du Soleil Levant ayant été faite à l’époque fin 70 début des années 80, par un article d’Ono Koseï dans la revue "Phénix", je crois, et par la publication de certains de ces dessinateurs dans l’éphémère revue "Le Cri qui tue" à laquelle il collaborait.

Je me souviens plusieurs années de suite avoir ramené ces volumes chez moi comme un précieux trésor, et de les avoir regardés et regardés, découvrant un monde nouveau dans lequel s’engouffreraient quelques années plus tard la plupart des éditeurs français.


Je me souviens d’y avoir vu pour la première fois la photo avec béret (je n’en connais pas beaucoup sans) d’Osamu Tezuka. Je pouvais enfin mettre un visage sur l’auteur de Tetsuwan Atomu- Astro Boy, et du Roi Lion (le vrai), que je voyais parfois sur Télé Monte-Carlo étant gosse.

La série Black Jack de Tezuka sera éditée en France chez Asuka

Je me souviens d’avoir essayé de faire partager mon enthousiasme à certains de mes confrères de cette époque, en vain.

Je me souviens d’avoir été invité par Jacques Glénat à Angoulême en janvier 82 pour y signer un tirage de luxe de la série Bastos et Zakousky que nous faisions alors avec Pierre Tranchand qui n’émargeait pas encore à l’Éducation Nationale.

Je me souviens d’avoir renâclé pour y aller et d’avoir en fin de compte accepté car y était annoncée la présence d’auteurs japonais. Et il était là, le soir de l’inauguration, avec son béret sur la tête (comme sur la photo), flanqué de son traducteur: l’ami Jacques Lalloz. Il était tout timide dans son coin, ignoré de tout le monde, puis finalement tout étonné et ravi qu’un énergumène hirsute l’aborde et lui dise tout le bien qu’il pensait de lui et de son désir d’en savoir plus sur le monde de la BD du côté d’Osaka et de Nagasaki.

Je me souviens d’avoir été invité à déjeuner le lendemain, et d’avoir pendant trois heures été fasciné par ce petit monsieur à béret (toujours le même), qui, lui, était fasciné par notre génie à nous franco-belges, Jean Moebius Giraud, qu’il tenait absolument à rencontrer.

Je me souviens être allé chercher Jean, les avoir présentés, et après deux autres heures passionnantes, me voir invité au Japon pour l’été qui suivrait, afin de participer à une convention à Tokyo mêlant bande dessinée, cinéma et science-fiction.

Je me souviens une fois rentré chez moi n’y avoir pas cru… Jusqu’à ce que je reçoive un billet d’avion et que je m’envole pour Tokyo via Anchorage avec Claudine Giraud. Jean, qui était à Los Angeles, devant nous rejoindre au Japon.

Sur place nous attendaient Tezuka sensei ainsi que Robert McCall, peintre de science-fiction qui travaillait pour le cinéma et la NASA, et son épouse, peintre de bouquets de fleurs, qui elle travaillait pour elle-même.

Je me souviens d’avoir fait un merveilleux voyage de Tokyo à Nara et Kyoto en compagnie de gens charmants aussi dépaysés que moi par cette étrange contrée où de grosses baraques adipeuses portant chignon se baladent en kimonos dans les supermarchés et où les vieilles tenancières de ryokan vous caressent la barbe en riant comme des petites filles prises en défaut de voyeurisme.

F. Corteggiani et O. Tezuka

Nous prenions tous nos repas avec Osamu Tezuka, mais il disparaissait régulièrement de longues heures dans sa chambre d’hôtel quand nous étions loin de Tokyo. C’était, je l’appris plus tard, pour combler le retard sur les planches qu’il devait fournir à ses divers assistants.

Durant ces moments passés en sa précieuse compagnie, les conversations étaient toujours passionnantes. Son rire discret ainsi que son sourire ont marqué à jamais mamémoire et mon cœur. Je crois n’avoir jamais dans ma vie rencontré personne d’aussi affable, à part le cher Jean-Michel Charlier.

Je me souviens avoir rencontré grâce à lui tous les grands noms de la BD nippone de l’époque, de Shotaro Ishimori à Leiji Matsumoto, des deux Fujio Fujiko à Akira Toriyama, qui ne faisait pas encore Dragon Ball, et Go Nagai, le légendaire père de Goldorak, qui est devenu mon ami et qui vint même en voyage de noces chez moi, en Corse, l’année suivante avec sa ravissante épouse Sumiko. Mais ça, c’est une autre histoire...


Je me souviens de combats au sabre de bois, livrés contre Jean Giraud dans les parcs de Nara. De Katsuhiro Otomo refusant finalement, lors de la convention, de débattre avec le même Moebius par peur de rencontrer un géant fascinant.

Je me souviens d’avoir été invité, insigne honneur, à un dîner d’adieu dans la demeure d’Osamu Tezuka, et d’une immense salle remplie de produits dérivés générés par ses créations. Paradis affolant d’un collectionneur subjugué.

Je me souviens de n’avoir pas fait un seul pas dans une rue de Tokyo ou d’ailleurs sans que quelqu’un lui demande un autographe, chose qu’il acceptait toujours d’un sourire. Ce fameux sourire…

Je me souviens que quand nous nous sommes quittés à l’aéroport de Narita après ces dix jours étranges, il m’a offert un magnifique dessin original dédicacé et qu’il m’a embrassé.

Je me souviens, suite à ce voyage, avoir tenu quelques années la rubrique BD française dans la revue "Starlog Japon" en échange de précieux volumes et revues sur le dessin animé.

Je me souviens avoir reçu chez moi des journalistes japonais venus me photographier pour la rubrique "Mon atelier "de je ne sais plus quelle revue nippone.

Je me souviens d’un dessin envoyé à Tezuka sensei pour un de ses anniversaires représentant le musée Tezuka. Dessin que dans son infinie bonté, il commenta dans une lettre de trois pages, semblant vraiment être ravi de l’avoir reçu.

Je me souviens de nos nombreux échanges épistolaires où il me faisait part avec pugnacité et sagesse alliées de sa conception de la vie.

Je me souviens de nos deux autres rencontres à Paris, d’un repas à la maison, d’une balade au parc Montsouris.

Un Astro-sac

Je me souviens des nombreuses figurines très rares représentant toutes Astro Boy, envoyées un beau jour par un Go Nagai qui les avait dénichées je ne sais où.

Je me souviens de tant de choses tellement difficiles à partager et de l’ami Yoichi Komatsuzawa.

Je me souviens surtout du coup de téléphone de Go m’annonçant le décès du maître et ma présence requise de l’autre côté du monde.

Je me souviens d’un voyage surréaliste et douloureux où seul dans un hôtel rempli uniquement de Japonais, je me suis peut-être pris sans le savoir à l’époque pour le Bill Murray de Lost in Translation.

Je me souviens d’un reportage à la NHK où, pendant les obsèques, la caméra filmant l’assistance de façon rectiligne fut obligée de monter vers moi, Godzilla en veston planté au milieu, beaucoup plus grand que mes honorables confrères. Facilement repérable même si je portais comme eux d’opaques lunettes noires.

Je me souviens d’un autel de prière bouddhiste noyé de fumée et d’un retour vers la France complètement sonné, avec l’image du fameux sourire d’Osamu Tezuka sensei, le manga kamisama.
Un homme que je n’oublierai jamais."

François Corteggiani
San José de Costa Rica, le 24 février 2004

 

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